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Sur le système éducatif (1) : les petites classes

 

L’école de la République comme les tenants et bénéficiaires du système l’appellent est en fait l’école de la servilité, du privilège, elle forme année après année, des esclaves et des maîtres.

 

 

Sur le système de notation :

La France est le pays de la note chiffrée, un procédé odieux qui consiste à évaluer par un chiffre la connaissance d’un enfant dans une discipline particulière, ainsi la capacité à ingurgiter et à recracher le cours d’un professeur est la marque du succès à l’école. Et la graduation de cette notation est un crime contre les enfants perpétré chaque jour par cette caste arrogante et toute puissante que l’on appelle « professorat ». En effet, un enfant qui par malheur obtient moins de 10/20 ou 5/10 est un enfant en dessous de la moyenne, mais là où c’est le plus effrayant c’est que si l’enfant a un zéro, ce n’est plus sa copie qui est notée mais l’enfant qui est jugé, l’enfant est un zéro, l’enfant est nul comme son score à l’examen. Bref, le système de notation note l’enfant, pas sa copie. L’écart entre deux notes est en lui même alarmant, il créé l’inégalité des chances dès le plus jeune âge, un enfant qui a eu 20 aura plus de chance à aller en classe « supérieure », celui qui a eu 0 aura plus de chance de redoubler, ou alors de stagner, question de point de vue. La notation chiffrée c’est peut être un des pires crimes de cette « école de la République ».

La notation chiffrée est comparable à celle des petites gommettes de couleurs, dans les écoles maternelles, qui consiste, comme la notation chiffrée à juger un enfant par une couleur. C’est odieux sur deux points, d’une part parce que ça rend l’enfant primaire, ça l’empêche de réfléchir de penser sa note mais ça lui impose un jugement simple, froid, autoritaire, qui consiste à dire : rouge = pas bien, vert = bien, l’enfant est donc dressé à comprendre comme un chien, sur un système binaire au pire, tertiaire au mieux. Le code couleur est lui aussi insupportable, et là je songe surtout à la couleur rouge, parce que l’enfant qui a eu une mauvaise note se voit attribuée la couleur rouge, la couleur rouge qui est celle du châtiment, de l’enfer, du sang, puisque modeler l’esprit de l’enfant ne suffit pas, il faut aussi s’attaquer à son inconscient.

Sur les rapports école/domicile : la hantise du mauvais bulletin.

Je vais exposer ici un fait qui est lié au système de notation. Le domicile des parents est (sauf exceptions) censé être un refuge pour l’enfant, le lieu où il sera au chaud, nourri protégé des périls de l’extérieur, dont le système éducatif. Or avec ce système de notation et de l’échelle de valeur de l’enfant qui lui est associée, le domicile devient une source de crainte supplémentaire. Quand l’enfant rentre avec un bulletin scolaire piteux parce que les maîtres (mot on ne peut mieux adapté) ont décidé de saccager son moral, alors l’enfant craint de retourner dans son foyer. Il a peur et il a raison d’avoir peur, parce que ce petit être fragile à la conscience malléable craint une double sanction. La première c’est celle de l’école, il a perdu l’estime de son professeur, et il va bientôt mettre ses parents en colère, et comble de l’horreur de cette machine à esclave, c’est qu’il va se sentir coupable de rendre ses parents tristes, inquiets pour son avenir, et dans le pire des cas en colère. L’enfant n’est plus protégé par les murs de son foyer mais une seconde fois livré en pâture, parce que ses parents, eux même dressés par cette école à esclaves/maîtres croient au jugement criminel de cette caste d’usurpateurs appelés maîtres.

Sur les rapports école/domicile : l’inégalité jamais résorbée :

Cette inégalité est peut être l’erreur fondamentale du système éducatif. Quand les troubles de 1789 ont éclatés, l’idée était de jeter à bas les privilèges de la noblesse, donner à chacun des chances égales en vertu de son talent et de pas de son sang, de son rang de son blason, ainsi a été créée l’école Polytechnique qui s’opposait aux monarchistes de Saint-Cyr. Or quel est le constat, les enfants bien nés, fils de professionnels libéraux, de médecins, chirurgiens, cadres et hauts fonctionnaires (!!!) réussissent mieux que les enfants du nouveau Tiers États, celui des chômeurs, ouvriers, petits employés. Il y ‘a donc une contradiction interne entre les valeurs de l’école, et celles de la République, on ne peut pas parler d’école de la République quand on réussit ou on sombre en fonction des privilèges non plus de l’ordre mais du statut social. Cette inégalité prend ses sources au domicile et se reproduit à l’école, en cours et en récréation. D’une part en cours, un enfant qui a des parents riches peut avoir a disposition des professeurs privés, des précepteurs, des cours particuliers, ils pallient aux lacunes accumulées à l’école et lui permettent de retrouver le « niveau » exigé par le système éducatif. Mais un enfant d’ouvriers lui n’a pas cette chance, ce luxe, ses parents si ils n’ont pas fait d’études supérieures voire commencé à travailler dès 16 ans ne peuvent pas lui apporter eux même leurs soutiens, mais ne peuvent pas non plus se permettre de lui offrir des cours particuliers hors de prix décents. Mais cette inégalité est aussi matérielle, un enfant bien né a plus de facilités matérielle qu’un enfant pauvre, il a sa chambre pour lui tout seul (ce n’est pas le cas pour tout le monde), il a du matériel de meilleure qualité (d’autant que les bourses de rentrée scolaire sont pour tous les enfants, elles creusent l’inégalité), son bureau. Un enfant pauvre ne jouit pas de tous ces privilèges, il est aussi parfois pour les plus pauvres tiraillé par la faim, l’inquiétude des lendemains difficiles, l’insécurité du lendemain, ce qu’un enfant bien né aura la chance de ne jamais connaître. Enfin dernier aspect de l’inégalité en cours, ce sont les activités para scolaires, elles développent indirectement l’inégalité, elles donnent une méthode et un rythme de travail supplémentaires (entraînement, compétitions). Un autre privilège réservé aux biens nés, d’autant que les activités les plus bénéfiques sont hors de prix décents (je pense à la musique, en particulier piano et violon).

En ce qui concerne les inégalités dans la cour de récréation, elles sont certes démontrées par les enfants mais la conséquence de l’éducation délivrée par les parents, ainsi un pauvre qui est habillé de guenilles courbera l’échine face à un enfant habillé en marque de la tête au pied. Si il est impossible de blâmer les enfants ce sont les parents les fautifs, car il apprennent à leurs enfants à juger selon l’apparence, évaluer la valeur de l’être humain en fonction du prix de ses défroques. Cette remarque vaut aussi pour les débats de récréation concernant les métiers des parents. Un enfant dont les parents ont un métier reconnu aura plus d’aisance et d’aplomb qu’un enfant dont les parents sont chômeurs, l’enfant de chômeur n’a plus que la défensive comme rempart à l’arrogance de l’enfant de médecin ou de prof qui n’est que la victime de l’éducation de ses parents.

Sur le professorat :

On a coutume de dire que les professeurs sont innocents dans l’inégalité chronique du système éducatif, qu’ils ne sont que les exécutants, qu’ils font ce qu’on leur demande, un peu comme si ils étaient de bons soldats mal commandés. C’est faux, les soldats eux doivent obéir car la sanction en cas de désobéissance c’est la cour martial, les professeurs eux pourraient avoir le moyen de donner à chaque enfant les instruments de la liberté, à commencer par leur apprendre le refus de la servilité, mais le système éducatif a fait du métier de professeur le plus laid du monde. En effet, les profs se comportent comme plus tard le dominant se comportera avec le dominé. Le dominé doit apprendre à ne jamais contredire son maître, voire même à se taire quand il a tort par crainte de la sanction, car le système est fait de tel manière que le rang prime sur la liberté, y compris de penser. Ainsi un enfant devra se faire tout petit devant son maître, se taire quand il a raison, accepter sans réfléchir ce que dit le prof. Avoir raison face à un professeur ne sert à rien, parce que la vérité « vraie » n’existe pas à l’école, c’est la version du prof qui compte car c’est celle du pouvoir. D’ailleurs, toute tentative de tenir tête à un prof quand on est dans son bon droit relève de la sédition, ou plutôt de l’insolence dans le cadre de l’école primaire et du collège. D’ailleurs tout manquement à déférence réglementaire entraîne des sanctions. Je pense aux carnets à points (ce que j’ai connu), ce sont en somme des casiers judiciaires à l’intérieur même de l’école, la retenue après les cours relève de la prison ferme, l’avertissement relève du rappel à la loi. En somme le professeur use et surtout abuse de son autorité, au lieu de créer le goût de la liberté, il enseigne la sanction, la servilité, la crainte.