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La liberté d’expression, arme absolue du pouvoir

La liberté d’expression, un principe glané par tous ceux qui veulent s’opposer au grand jour à « l’oligarchie », à la « pensée unique », au « nouvel ordre mondial ». En somme la liberté d’expression serait l’arme la plus dangereuse contre le pouvoir établi, pourtant, telle qu’elle existe et telle qu’elle est exercée c’est le meilleur moyen pour le système de vivre, de se pérenniser, et ce par de multiples moyens. Certains sont, il faut le reconnaître bigrement ingénieux.

La fabrique de l’électron libre

Toutefois, dans notre République, il faut savoir conserver un masque de liberté d’expression, c’est pourquoi les gouvernants ont trouvé une astuce judicieuse mais pernicieuse : ils fabriquent eux-même des électrons libres. Ces électrons libres au service de leurs maîtres se trouvent dans la presse notamment. Pourquoi la presse ? Parce que la censure à la télévision est tellement évidente que la presse écrite semble parfois être le seul média indépendant. Ces électrons libres créés de toutes pièces se retrouvent dans des journaux comme Charlie Hebdo, par exemple. Ces journaux, sous le faux semblant de l’irrévérence sont l’instrument du pouvoir pour nous donner une idée imposée de liberté d’expression, de contre pouvoir dans la conscience des masses, et par ce jeu d’équilibre nous donner l’illusion de l’équilibre principe par excellence démocratique.

Certains journaux ont même la fonction de borne, de garde-fou, d’ultime frontière à la liberté d’expression telle que voulue par les gouvernants, ils sont volontairement mis en position « border line », pour nous laisser le droit de nous insurger dans les limites du convenable, on peut prendre par exemple la une (assez grossière et insultante d’ailleurs) de Minute récente sur la Garde Des Sceaux. Je ne prétends pas par là que le racisme est garant de la liberté d’expression, bien au contraire. Ce que je reproche aux gens, c’est de s’insurger contre quelque chose que l’État condamne lui même, ce qui fait de nous, en fin de compte les valets zélés des gouvernants. D’autant que si cette fameuse et médiocre une de « Minute » était si subversive, les gouvernants auraient eu recours au grossier stratagème de la répression.

Tirer profit des « résistants » :

Là où le pouvoir doit être salué pour son ingéniosité c’est quand il tire sa puissance de ceux qui veulent sa destruction pure et simple, une sorte d’élixir de vie pour les gouvernants. Prenons l’exemple d’Alain Soral, polémiste, « essayiste » et autoproclamé dissident. Il geint d’être entravé dans sa liberté d’expression. C’est d’une part faux, en effet, si il représentait un réel danger pour le pouvoir, les gouvernants se seraient assurés de le réduire au silence, y compris par les moyens brutaux. En plus d’être inoffensif, il sert la puissance des dominants par son existence même. Pourquoi ? par ce qu’il dit et par sa façon de le dire. Sa façon de dire les choses est violente, il est grossier et débite à chaque prise de parole un flot ininterrompu de mots savants, ce qui impressionne la plupart des gens, les mots violents, alors que le Peuple est habitué à la langue de bois des politiques et leur langage condescendant mais compréhensible pour les esprits communs, alors qu’un langage trop érudit leur brouillerait l’esprit habitué à la télévision et ses phrases bateaux. Au delà de la forme, le fond du discours de Soral pousse les gens dans les bras du pouvoir. Pourquoi parce que l’ambition de Soral est de détruire purement et simplement le système. Or détruire le système existant nécessite la création d’un nouveau, or s’il est nouveau, il est par définition inconnu et l’inconnu est effrayant pour nos esprits étriqués et nous préférons rester dans l’obéissance servile, d’un système connu, que nous savons corrompu et injuste, mais auquel nous sommes habitués et nous dispense d’efforts fatiguants d’accoutumance à un nouveau système. Voilà pourquoi Soral, malgré ses diatribes antisystème est un des meilleurs garants dudit système.

La répression citoyenne :

Mais trêve d’accusations contre les gouvernants. Le maître n’est pas le seul à blâmer, ses valets le sont aussi dans une certaine mesure. Ces valets ce sont nous, les citoyens, pétris de dissidence servile à l’autorité. Les gouvernants ont tellement bien fait leur travail, ils ont imprégné l’esprit du Peuple de leurs valeurs imposées si profondément, qu’ils n’ont même plus besoin d’intervenir. Cette situation est remarquable dans les discutions à contenu politiques. Nous sommes prompts à relayer d’une manière ou d’une autre les idées dominantes et imposées et aussi et surtout à réprimer les idées qui se démarquent vraiment de celles des gouvernants. C’est ce que l’on pourrait appeler la « répression citoyenne ». Admettons une discussion dans une université, lieu où les citoyens sont à priori assez politisés. La discussion porte sur la nature du régime idéal. Un des interlocuteurs va prendre la parole et affirmer que selon lui, le régime parfait résiderait dans un régime totalitaire, liberticide d’inspiration fasciste. Vous pouvez être surs à 100 % que les réactions des autres interlocuteurs lui seront hostiles. Que ce soit l’antifasciste qui refuse ce qu’il appelle fascisme car son collectif lui a dit de détester ce mot, ou le « jeune populaire » décomplexé ultra libéraliste, tous auront la réaction voulu par les gouvernants : la condamnation du fascisme. Ironiquement, les vrais fascistes sont ceux qui le condamnent puisqu’ils ont une réaction systématiquement hostile envers ceux qui ont des idées différentes, et qu’ils sont, sans le vouloir certes, au service des gouvernants.

Qu’est ce que la liberté d’expression dans ce cas?

Si définir la liberté d’expression est impossible hors des cadres imposés par les gouvernants, on peut néanmoins dire ce qu’elle n’est pas. Une chose est sûre, c’est qu’elle est faite pour gêner, apporter un contre poids à la puissance dominante. En somme exercer sa liberté d’expression c’est s’opposer à des idées, à une caste, celle des gouvernants, vouloir y opposer une alternative, en somme se vouloir la puissance opposée à celle qui gouverne. Cela veut dire que la liberté d’expression ce n’est pas, ce n’est jamais une attaque personnelle envers quelqu’un car cela voudrait dire attaquer quelqu’un sur ce qu’il n’a pas choisi, au lieu de s’attaquer à lui pour sa façon de gérer et de concevoir le pouvoir. Ainsi, la liberté d’expression ne saurait reposer dans des attaques racistes, homophobes, car c’est quelque chose qu’on ne choisit pas, par contre attaquer par la presse écrite ou par des diatribes assassines quelqu’un qui est un piètre gouvernant, voilà une chose juste et saine, vraiment démocratique. La couleur de peau, la religion ou la sexualité (entre autres) de quelqu’un doit être une coïncidence mais jamais la cause ou la conséquence de l’attaque et de l’irrévérence, sans quoi ce qu’on prétend être liberté d’expression ne serait que méchanceté et stupidité ce qui n’est que nuisible pour la liberté d’expression.